Thierry de Montbrial despre alegerile americane

„Chers amis,

J’écris cette septième lettre le dimanche 8 novembre. Hier, la victoire du couple Joe Biden – Kamala Harris a été proclamée urbi et orbi par la presse mondiale. On nous dit cependant que les avocats de Donald Trump vont multiplier les recours et bien peu semblent penser qu’ils aient une chance d’aboutir. A ce stade, on doit donc prendre acte de ce que l’actuel occupant de la maison Blanche rejoint le club fort restreint des one term presidents. D’autres observations s’imposent non moins immédiatement. La vague bleue annoncée par les sondages n’a pas eu lieu, loin de là. Il s’en est fallu de peu que la balance ne penche en faveur de l’adversaire de Biden dans les Etats pivots, d’où les recours. Les démocrates n’ont pas atteint leurs objectifs au Sénat et à la Chambre des représentants. Plutôt que de la victoire d’un homme, qui s’est peu dépensé pendant la campagne, on parle beaucoup de celle d’un couple : Biden – Harris. Ce point est capital, car le nouveau président paraît fragile et l’ancienne procureure de la Californie a des chances d’accéder à la Maison Blanche dans quatre ans, sinon avant.

Or, contrairement à son ancien adversaire dans la bataille des primaires, Kamala Harris fait partie psychologiquement du nouveau monde, éloigné de l’Europe (mais proche de l’Asie), celui où se joue la compétition entre les Etats-Unis et la Chine pour l’accès à la primauté. Dans ce monde-là, les Européens sont relégués aux seconds rôles. En raison de son âge et de son expérience personnelle, le président élu (élu, sous réserve d’un coup de théâtre fort peu probable) reste attaché à l’Alliance atlantique, comme aussi certains de ses conseillers tel Anthony Blinken, bien connu en France. Mais les observateurs lucides savent que, au moins depuis le début de ce siècle, l’Europe n’a cessé de s’estomper dans l’esprit des acteurs comme des penseurs de la politique étrangère américaine. Avant d’entrer un minimum dans ce sujet, j’ajouterai encore deux remarques. D’abord, l’issue de l’élection du 3 novembre ne signifie nullement que les divisions de la société américaine vont disparaître comme par enchantement. Biden est certainement plein de bonne volonté, mais il est tout sauf un enchanteur, et les raisons des divisions américaines, dont j’ai parlé dans mes dernières lettres, sont profondes. Incidemment, le relatif échec des démocrates au Sénat et à la Chambre des représentants pourra aider le nouveau président à ne pas trop s’éloigner du centre, comme l’aurait souhaité Kamala Harris. Le point réellement important est que le trumpisme reste une force considérable dans le pays. Trump lui-même pourrait continuer de l’incarner dans les prochaines années s’il ne dérape pas dans les prochaines semaines. A ce sujet – c’est ma seconde remarque – on doit se féliciter de ce que les explosions de violence au lendemain de l’élection, prédites par nombre d’analystes, n’aient pas eu lieu. On peut penser qu’elles ne seraient pas dans l’intérêt du président sortant, si du moins celui-ci songe à préserver un capital politique dont l’ampleur est indéniable.

A l’évidence, les débuts du 46e président des Etats-Unis seront dominés par la pandémie de Covid-19 et ses conséquences de toutes sortes. Mais la politique étrangère n’attendra pas. Il est inutile de répéter ici le point de vue dominant parmi les experts reconnus sur le sujet, que l’on peut caricaturer ainsi : changement dans la forme (retour à la pratique classique de la diplomatie, à l’invocation des droits de l’homme, ou encore à une interprétation minimaliste du multilatéralisme), mais continuité dans l’objectif fondamental (America first) et dans l’attitude vis-à-vis des partenaires (« qui n’est pas pour nous est contre nous »). La culture américaine du pouvoir, au contraire de celle des Européens affaiblis par les deux guerres mondiales, est celle des rapports de force. Plutôt que d’enchaîner des lieux communs sur ces sujets, résumons à très grands traits trois points-clé amplement développés dans mes écrits depuis trois décennies. Je me limiterai ici au point de vue européen.

1) La cause la plus fondamentale de la chute de l’URSS et donc la fin de la guerre froide fut la révolution des technologies de l’information et de la communication. On peut y voir le fruit du génie américain pour le capitalisme créatif et d’une culture unique dans son genre de soutien réciproque entre l’Etat et les entreprises quand l’intérêt national est en jeu. Cette révolution n’a cessé de s’approfondir depuis les années 1970. Elle est symbolisée aujourd’hui par les GAFA, en quelque sorte les fers de lance de l’Amérique conquérante.

2) La vague libérale qui a submergé le monde entre la chute de l’URSS et la crise financière de la fin des années 2000 – en un temps où la Russie était hors-jeu ou très faible, et la Chine encore modeste (son PIB était à peine égal à celui de la France quand elle a rejoint l’OMC en 2001) – a d’abord profité aux Etats-Unis. L’Amérique a ainsi pu consolider sa domination sur les pays peu soucieux d’indépedance nationale. Ce fut le cas des Européens, désormais soumis à l’extraterritorialité des lois américaines. La vague libérale a également bénéficié à la Chine. Grâce à un effort extraordinaire dans le secteur éducatif, celle-ci a fort habilement utilisé sa situation de réservoir mondial de main d’œuvre à bas coût pour réaliser les gigantesques transferts de technologies grâce auxquels son accès à la primauté au cours du XXIe siècle est devenu une possibilité sérieuse.

3) La réalité de base pour les prochaines décennies est la compétition stratégique sino-américaine, vis-à-vis de laquelle les puissances de second rang, comme l’Union européenne en tant qu’unité politique, devront prendre position. Donald Trump voulait se retirer de l’OTAN. Joe Biden voudra sans doute la renforcer, c’est-à-dire dans son esprit, rallier ses membres derrière la bannière étoilée, politiquement et économiquement, dans la lutte contre la Chine. Pour les Européens, dont l’appétit pour un rapprochement stratégique avec la Chine n’est pas débordant et qui, contrairement aux principales puissances asiatiques, n’ont pas brillé dans la course technologique, la tentation de s’en remettre encore plus que pendant la guerre froide au protectorat américain pourrait être irrésistible. Mais avec quelle perspective de long terme, et dans quelles conditions s’agissant de son voisinage immédiat en Europe de l’Est, au Moyen Orient et en Afrique ? Telle est la question.

Dans l’immédiat, les Européens se réjouissent de l’élection d’un président américain à nouveau empathique qui leur fera bon accueil dans le bureau ovale et ailleurs. Ils ne sont pas les seuls à aspirer au répit, à un moment où ils font face à l’ennemi invisible qui les menace comme il menace les Américains. Puisse l’Alliance atlantique à court terme être d’abord l’alliance contre le virus. Pour une fois dans son histoire, n’avons-nous pas l’occasion de réinterpréter l’article 5 du traité et de mobiliser toutes les ressources de l’OTAN pour un combat collectif contre la pandémie ?”

Très amicalement à vous,

Thierry de Montbrial
https://thierrydemontbrial.com/ 

3 gânduri despre “Thierry de Montbrial despre alegerile americane

  1. Interesant! Perspectiva din care face analiza, din punctul meu de vedere echidistantă și corectă, ne arată cât de insignifiantă a „reușit” să ajungă România. Dacă am fi avut norocul unui lider providențial cum a fost Mustafa Kemal pentru turci poate lucrurile ar fi putut să stea un pic altfel. Nu unul exact la fel. Mă refer la viziune, onestitate și determinare .Probabil că nici nu era posibil.

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  2. In sfarsit .
    Romania , prin CNAIR , a trimis cererea de finantare a drumului expres Craiova – Pitesti , aproximativ 615 milioane de euro .
    Este singura cerere a Romaniei , pana in prezent , pentru un proiect de infrastructura de transport .
    Un proiect care este o gura de oxigen pentru Oltenia , regiune fara investitii in infrastructura de transport .
    Sa speram ca nu se vor astepta catastrofe viitoare imprevizibile – venirea la putere a extremelor in marile tari vest-europene care vor taia finantarea pentru Romania , deflatia economica , un eventual Frexit etc – si ca vom trimite cat mai este timp cererile de finantare pentru putinele proiecte de executie pe care le avem :
    1 ) autostrada de centura Nord – 550 milioane de euro
    2 ) lotul 3 Tigveni – Cornetu , 31 de kilometri , in munte , al autostrazii Sibiu – Pitesti – 1 miliard de euro
    3 ) sectoarele Biharea – Nusfalau si Nadasel – Poarta Salajului din autostrada Transilvania in Salaj si Bihor – 750 milioane de euro
    4 ) modernizarea caii ferate Arad – Timisoara ( 815 milioane de euro )
    5 ) calea ferata Episcopia Bihorului – Cluj ( 1,5 miliarde de euro )
    6 ) varianta ocolitoare Galati – 200 milioane de euro

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  3. Multumesc domnului Nastase ca ma tine „pe jar” cu franceza.

    Nu mi-e clar pe unde se va fofila UE sub patronajul lui Biden, si daca toata, de la Cabo da Roca, Portugalia la Cape Greco, Cipru va reverbera la unison sub comanda Cancelarului Merkel.

    Doamna Merkel este unul din sefii de stat care s-au aratat grabiti sa il felicite pe dl. Biden, spre deosebire de Gospodin Putin, si Tovarasul Xi. Doamna Merkel a redescoperit America dupa patru ani, si a afrmat ca Germania va sta linga SUA ( „cot la cot”? „mano a mano”?, „unul in poala altuia”?). Nu e clar insa cine va sustine pe cine si cum si in ce situatie, dar doamna Merkel e ferma ca vor fi lipiti in toate „afacerile lumii”. De unde si gandul ca francezii ar putea avea o opinie separata, ca si rusii sau chinezii de altfel.

    Eu nu stiu de ce atit de fericita doamna Merkel ca fratele ei german nu a cistigat. Macar de la Trump stiai la ce sa te astepti; era predictibil si cind nu placea domanei si altor domni. Spre deosebire de dl Trump, dl. Biden nu a gingurit mai nimic despre ce are el de gind sa faca pe scena lumii, in afara sa ii tina pe rusi la izolare, ceea ce ma face sa zimbesc.

    „Merkel says Germany will stand ‘side by side’ with US on world issues”

    …The chancellor again congratulated Biden on his projected win, saying „he has a great deal of experience with Germany and Europe.”
    „The friendship of our two countries has stood the test of time.”
    Trans-Atlantic ties with the US are a „treasure that we must preserve.”
    Both Germany and Europe must „take on more responsibility” in relationship with US.
    Germany will stand „side by side” with the US on tackling the coronavirus pandemic, climate change and global terrorism.
    Merkel described Vice President-elect Kamala Harris as an „inspiration” and symbol „of what is possible in America.”
    Merkel noted the historic significance of Monday November 9 — It is the anniversary of the 1938 anti-Jewish pogrom launched by the Nazis, as well as the 1989 fall of the Berlin Wall. The chancellor noted the role America played in the darkest and brightest chapters in Germany’s history….

    https://www.dw.com/en/us-election-merkel-says-germany-will-stand-side-by-side-with-us-on-world-issues/a-55540225

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